Grand Périgueux : un président intouchable
Réaction à une interview de Jacques Auzou, président du Grand Périgueux
POLITIQUEPÉRIGUEUX


Je sais que je vais fâcher quelques amis de droite qui (depuis bien trop longtemps, à mon goût) ont fait allégeance à Jacques Auzou. Mais l’interview qu’il a donnée, cette semaine, au micro d’ici Périgord, m’a profondément agacé. Et je n’ai, en ce qui me concerne, jamais fait vœu de docilité.
Il y a, d’abord, des attitudes qui en disent long.... Et la manière dont le président du Grand Périgueux a rabroué la journaliste en lui disant qu’elle « 𝘱𝘰𝘴𝘢𝘪𝘵 𝘵𝘰𝘶𝘫𝘰𝘶𝘳𝘴 𝘭𝘦𝘴 𝘮𝘢𝘶𝘷𝘢𝘪𝘴𝘦𝘴 𝘲𝘶𝘦𝘴𝘵𝘪𝘰𝘯𝘴 » n’avait rien à envier à l’autoritarisme d’un… Jean-Luc Mélenchon. Et, sous ma plume, la comparaison ne relève pas vraiment du compliment.
Derrière cette répartie arrogante, c’est une manière de gouverner qui me paraît fort critiquable : verticale, verrouillée, et profondément allergique à la contradiction.
D’ailleurs, la récente réélection de Jacques Auzou à la présidence de l’agglomération en est une illustration frappante. On me rétorquera qu’il s’agit d’un choix démocratique. Soit. Mais dans les faits, difficile de ne pas voir le fruit de savantes tractations politiques qui ont précédé cette élection. Sinon, comment comprendre qu’un élu se revendiquant du communisme soit reconduit grâce au soutien actif d’autant d’élus de droite ? Comment expliquer que ces derniers, parfois très critiques sur le plan idéologique, fassent preuve d’une telle docilité envers Jacques Auzou depuis des années ? Pourquoi cette absence de ligne claire, cette facilité à s’aligner dès lors que quelques postes sont en jeu ? Comment expliquer cette alliance contre-nature sans évoquer les négociations en coulisses ?
Il est un fait que certains présenteront comme une victoire et que, pour ma part, je trouve désobligeante. Ainsi, que parmi les 14 vice-présidences, la ville de Périgueux en ait obtenu quatre au sein de l’exécutif communautaire — contre trois auparavant – est un fait qui n’a rien d’anodin. Et j’ai beau être attaché au développement de ma ville, mon chauvinisme municipal s’arrête là où commence une forme d’injustice dans le partage du pouvoir au sein d’une agglomération.
Le Grand Périgueux, ce sont 43 communes, petites et moyennes, rurales et urbaines, qui composent un territoire et ont, à ce titre, vocation à être pleinement respectées. En concentrant davantage de postes exécutifs entre les mains d’une seule ville, on rompt (un peu plus) cet équilibre. On envoie un message clair : certaines communes comptent plus que d’autres. Pourtant, le nombre d’habitants ne peut pas être le seul critère pour distribuer et, surtout, cumuler les postes. Ce qui a été fait ressemble à une forme de captation du pouvoir qui ne dit pas son nom.
Plus grave sur le plan de l’équité que l’on pourrait attendre d’un président de gauche, cette répartition est profondément injuste sur le plan financier. Car les élus des grandes villes — déjà les mieux dotés en indemnités — sont précisément ceux qui vont bénéficier de ces vice-présidences et des émoluments supplémentaires qui en découlent. Ils cumulent, ainsi, les rémunérations, pendant que les maires des petites communes, eux, restent à l’écart des responsabilités… et des moyens. Peut-on sérieusement parler de solidarité intercommunale dans ces conditions ?
Dans ce contexte, autant vous dire que les dernières déclarations de Jacques Auzou sur l’Aquacap sont mal passées. Car expliquer aujourd’hui qu’il faudrait augmenter les impôts des habitants du Grand Périgueux pour raser et reconstruire un équipement défaillant est, tout simplement, une honte politique. Non pas parce que la situation est simple — elle ne l’est pas — mais parce que les responsabilités sont éludées.
Certes, comme il se plaît à le rappeler, l’Aquacap a été inauguré avant la prise de fonction de Jacques Auzou à la tête de l’agglomération. Mais lorsqu’il est devenu président, il lui appartenait d’agir : d’engager, sans tarder, les procédures nécessaires, de mettre en cause les entreprises, d’activer les mécanismes d’assurance. C’était son rôle. Sa responsabilité. Or, des années plus tard, le dossier est toujours enlisé, et la solution proposée aux habitants serait de passer à la caisse. C’est trop facile.
Au fond, tout se tient. Une gouvernance peu ouverte à la critique. Des alliances politiques opportunistes. Une concentration des postes et des indemnités. Et, en bout de chaîne, des décisions qui pèsent sur les contribuables sans véritable remise en question.
Jacques Auzou aime rappeler qu’il a été élu. C’est vrai. Mais être élu ne donne pas un blanc-seing. Gouverner, ce n’est pas seulement conserver (longtemps) le pouvoir. C’est l’exercer avec équité, transparence et responsabilité.
