Périgueux : les jeux dangereux de l'hystérisation du débat public

Réaction après les infames attaques personnelles dont a été victime le maire de Périgueux à travers des dégradations commises sur des biens communaux et sur la façade de son domicile.

PÉRIGUEUXPOLITIQUE

Pascal BILLAT

9/11/20263 min read

Il y a des limites qui ne devraient jamais être franchies.

Que les murs de la mairie de Périgueux et, plus grave encore, ceux du domicile personnel de son maire aient été couverts d’inscriptions infamantes constitue une dérive aussi lâche qu’inacceptable. "Organisateur de soirées nazies", "Cadet collabo" : ces mots ne relèvent plus du débat politique. Ils relèvent de l’injure et de l’intimidation.

Derrière le maire, il y a aussi un homme, une épouse, une famille. C’est pourquoi je veux exprimer à Michel Cadet et à ses proches mon soutien le plus sincère et mon amitié personnelle.

On peut désapprouver ses décisions. On peut les contester publiquement. C’est même le principe de la démocratie. Mais il existe une frontière entre la contestation et la désignation d’un adversaire comme ennemi. Cette frontière, le débat politique périgourdin semble malheureusement l’avoir dangereusement approchée. Car l’indignation qui s’exprime aujourd’hui chez certains responsables politiques ou à travers les communiqués de certains partis politiques, appelle tout de même quelques observations.

Parmi ceux qui condamnent, à juste titre, les dégradations figurent en effet des responsables et des organisations qui, quelques semaines auparavant, avaient appelé à manifester devant la mairie de Périgueux contre Michel Cadet et ses décisions. Le Parti Socialiste de Dordogne avait notamment participé à cette mobilisation, dans un discours présentant la décision du maire comme une forme de "banalisation de l’extrême droite". Personne ne saurait évidemment établir un lien de responsabilité entre cet appel à manifester et les auteurs des tags. Ceux qui ont commis ces actes en portent seuls la responsabilité. Mais cela n’interdit pas de s’interroger sur les effets d’une rhétorique politique qui transforme un désaccord en procès en légitimité.

À force de qualifier un élu, dont la fibre républicaine ne peut honnêtement être mise en doute, de suppôt de l'extrême droite, de le présenter comme celui qui ouvrirait les portes de la ville à cette mouvance, de mobiliser les foules contre lui, on contribue nécessairement à charger le débat d’une tension qui peut devenir incontrôlable. On ne peut pas ignorer cette réalité lorsqu’on prétend ensuite s’étonner du degré de violence atteint par les attaques personnelles.

C’est là que les réactions de certains apparaissent d’une hypocrisie assez sidérante.

Il est facile, une fois les murs dégradés, de se draper dans les grands principes et de proclamer que "cela va trop loin". Mais encore faut-il s’interroger sur les mots que l’on a employés lorsque la polémique battait son plein.

La politique ne peut pas fonctionner ainsi : attiser le feu lorsqu’il s’agit de mobiliser ses troupes, puis s’indigner lorsque la fumée devient trop épaisse.

Les auteurs des tags ont franchi une ligne rouge. Ils doivent être appréhendés et lourdement condamnés sans la moindre ambiguïté. Mais cette condamnation des faits qui se sont déroulés cette nuit à Périgueux, serait plus crédible si certains acceptaient également de reconnaître leur part dans l’hystérisation du débat public. Non pas une responsabilité dans les actes commis — qui, je le répète, appartient à leurs auteurs — mais une responsabilité dans le climat politique que l’on contribue à installer lorsque l’adversaire n’est plus seulement combattu, mais présenté comme intrinsèquement dangereux ou illégitime.

Car une démocratie ne protège pas uniquement ceux avec lesquels nous sommes d’accord. Elle protège aussi ceux dont nous contestons les choix. Et la violence politique finit toujours par dépasser ceux qui pensent pouvoir la maîtriser.

Bossuet l’avait résumé dans une formule qui trouve ici une résonance particulière : "Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes". 

Il serait temps de méditer cette phrase.

À Périgueux, comme ailleurs, il faut retrouver un débat politique qui permette de s’opposer avec force sans sombrer dans l’invective, de manifester sans intimider et de défendre ses convictions sans déshumaniser ceux qui ne les partagent pas.

J’espère que cette affaire servira d’avertissement à tous ceux qui prennent part au débat public : un désaccord politique ne devrait jamais se transporter sur le terrain de la haine. On ne gagne rien à hystériser les esprits. Et l’on ne devrait jamais s’étonner de voir le feu se propager après avoir passé son temps à souffler sur les braises.

l'esprit DAUMESNIL

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