Quand la communication de Nadine Lechon, députée RN, traduit le vide d'une pensée politique
Réflexion sur le rôle des députés
FRANCEPOLITIQUEDORDOGNE


De plus en plus souvent, j’observe que le rôle d’un député français est dévoyé par les pratiques contemporaines. Aussi, est-il bon de rappeler, qu’élu au suffrage universel direct, il n’est pas le simple porte-voix d’un appareil partisan ; il est, selon la tradition républicaine, un représentant de la Nation tout entière. Cette nuance n’est pas seulement symbolique, elle donne du sens à l’engagement public au service de l’intérêt général et elle est au cœur du fonctionnement de la démocratie représentative.
Au sein de l’Assemblée Nationale, le député participe à l’élaboration de la loi, contrôle l’action du gouvernement et évalue les politiques publiques. À ce titre, il est censé exercer son jugement en conscience. Cela implique, parfois, de dépasser les consignes de vote et de s’extraire des seuls éléments de langage fournis par son parti. Parce qu’être député, c’est penser, argumenter, proposer. C’est aussi rendre compte à ses électeurs de son activité : ses amendements, ses interventions en commission, ses prises de position sur les textes majeurs. Autrement dit, il s’agit d’un travail intellectuel et politique exigeant, qui ne saurait se réduire à une simple discipline partisane dictée par quelques réflexes pavloviens.
À cet égard, la communication publique de Nadine Lechon, députée RN de la 1ère circonscription de la Dordogne, constitue un contre-exemple particulièrement révélateur. Sa page Facebook, qui affiche une photo de profil faisant ostensiblement référence à sa fonction de députée, puisque prise dans l'enceinte de l'Assemblée Nationale, devrait être un outil de transparence démocratique et de lien avec les citoyens. Or, elle semble se limiter, presque exclusivement, à relayer des publications émanant de son parti, le Rassemblement National. Peu, voire aucun contenu, ne permet d’identifier son activité parlementaire propre : pas de mise en lumière de ses travaux à l’Assemblée, pas d’explication de ses votes, pas de propositions concrètes concernant sa circonscription. Ce silence, sur le fond, contraste fortement avec l’abondance, pour ne pas dire la frénésie, de messages standardisés et de republications, souvent déconnectés des vrais enjeux nationaux ou locaux.
Ce type de communication donne le sentiment d’un mandat purgé de toute substance intellectuelle. Un vide sidéral qui donne le vertige à ceux pour qui l’action publique nécessite une prise de hauteur. Parce que lorsqu’un député se contente de reproduire la parole de son parti, sans même y ajouter d’analyse personnelle, ni d’ancrage territorial, il renonce, en pratique, à ce qui fonde la légitimité de sa fonction. Le débat démocratique s’en trouve rabougri, réduit à une juxtaposition de slogans plutôt qu’à une confrontation argumentée d’idées. En fait, à travers ses réseaux sociaux, la députée Lechon ne s’adresse pas aux citoyens et aux électeurs de sa circonscription. Elle parle à une clientèle qu’elle inonde de mots aussi superficiels que le niveau de sa capacité à produire une véritable réflexion personnelle.
Pour autant, il ne s’agit pas de nier l’importance des partis politiques qui structurent la vie démocratique. Mais leur rôle ne doit pas écraser celui des élus au point de les transformer en automates. Un député digne de ce nom doit être capable de s’émanciper, au moins partiellement, de la ligne officielle pour enrichir les discussions par sa propre réflexion. Cette exigence est d’autant plus forte que le député est aussi le représentant d’un territoire. Il doit porter les préoccupations concrètes de ses électeurs, faire remonter leurs attentes et défendre leurs intérêts dans l’hémicycle. Là encore, cela suppose un travail important et structuré, qui ne peut être remplacé par des publications génériques.
Cette réflexion conduit naturellement à s’interroger sur le mode d’élection des députés. Le scrutin uninominal majoritaire à deux tours, actuellement en vigueur, favorise précisément cette relation directe entre un élu et sa circonscription. Il responsabilise le député, identifiable par les citoyens, et incite à un engagement personnel. On me rétorquera que l’exemple de Nadine Lechon est donc contre-intuitif. Je le concède et le regrette. Mais, à l’inverse, une évolution vers un scrutin proportionnel de liste, tel qu’elle est proposée par tous les partis de gauche et par le RN, risquerait de renforcer, un peu plus encore, le poids des partis au détriment des individus. Les députés seraient davantage redevables à leur formation politique, qui détermine leur place sur la liste, qu’aux électeurs eux-mêmes. Le risque serait alors de multiplier les profils strictement alignés, peu enclins à développer une pensée autonome.
Dans une démocratie vivante, le député ne peut être un simple relais. Il doit être un acteur à part entière du débat, un producteur d’idées, un médiateur entre le local et le national. Les exemples de communications creuses, ou strictement partisanes, rappellent, par contraste, ce que devrait être l’idéal parlementaire. Préserver le scrutin uninominal, c’est aussi préserver cette exigence : celle d’élus incarnant réellement leur mandat, capables de réflexion personnelle et engagés au service de l’intérêt général. Sans cela, le risque est grand de voir s’installer, un peu plus, un Parlement où la parole individuelle et la nuance disparaissent derrière le bruit uniforme des appareils politiques.
