Quand la liberté s’invite dans le programme des socialistes : anatomie d’une supercherie politique
Réaction à l'interview de Chloé Ridel, chargée du programme présidentiel du Parti Socialiste publiée dans l'édition du 24/05/2026 de Sud-Ouest Dimanche
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Le Parti socialiste a choisi d’intituler son programme Vivre libre. La formule est belle. Le mot est puissant. Il convoque l’émancipation, la dignité, la maîtrise de son destin. Dans l’entretien accordé à Sud-Ouest Dimanche, Chloé Ridel affirme même vouloir replacer « la liberté de choisir sa vie » au cœur du projet socialiste.
A titre personnel, je pourrais m’en réjouir. Je devrais même m’en réjouir. Car si la politique a un sens, c’est bien celui-là : permettre à chacun de choisir sa vie. Mais encore faut-il ne pas vider les mots de leur substance. Car derrière l’invocation répétée du mot « liberté », le projet socialiste demeure profondément fidèle à sa matrice historique : la redistribution comme principe organisateur de la société, la puissance publique comme condition première de l’émancipation, l’État comme arbitre permanent des trajectoires individuelles. Autrement dit : une liberté administrée, une liberté par procuration, une liberté sous conditions. En fait, le cœur du projet socialiste repose sur une idée simple, pour ne pas dire simpliste : plus l’État redistribue, plus les individus seraient libres.
Lorsque Chloé Ridel évoque la possibilité de « travailler, se loger, se déplacer, s’éduquer », elle désigne des aspirations universelles. Mais la question n’est pas quoi. La question est comment. Et là, dans un pays déjà largement suradministré, le Parti Socialiste répond par la redistribution, davantage de prélèvements, toujours plus de transferts et de dépenses publiques, davantage d’intervention publique. Le pays est à l’agonie financière… mais vous prendrez bien un peu plus d’État providence, nous dit Chloé Ridel.
Le problème n’est pas moral. Il est philosophique et pratique. Car on ne rend pas quelqu’un libre en organisant toujours davantage sa dépendance à l’égard de l’État. On ne rend pas un individu souverain en faisant de sa liberté le produit d’un arbitrage budgétaire permanent. On ne rend pas un citoyen autonome en conditionnant son existence à ce que d’autres auront d’abord produit, puis à ce que l’administration aura ensuite redistribué.
La redistribution peut corriger, amortir, protéger. Parfois, elle doit le faire. Mais elle ne crée pas la liberté. Elle compense. Elle répare. Elle redistribue une richesse créée ailleurs.
C’est là que la différence avec la pensée portée par David Lisnard est nette. Quand le président de Nouvelle Energie et candidat à l’élection présidentielle, dit qu’il veut que les Français soient « propriétaires de leur vie », il ne parle pas d’un droit octroyé ; il parle d’un droit naturel. Il ne parle pas d’une liberté attribuée ; il parle d’une liberté reconnue. Et la nuance n’est pas mince. Elle est décisive !
Être propriétaire de sa vie, c’est disposer de son travail, du fruit de son effort, de ses risques, de ses réussites, de ses échecs. C’est pouvoir entreprendre sans être étouffé. Transmettre sans être surtaxé. Travailler davantage sans voir l’essentiel absorbé par les prélèvements. Choisir l’école de ses enfants. Choisir son lieu de vie. Épargner. Investir. Créer. Refuser, aussi.
La liberté selon David Lisnard est une liberté de responsabilité. La liberté selon le socialisme reste trop souvent une liberté de permission. L’une part de l’individu alors que l’autre passe par l’institution. L’une fait confiance pendant que l’autre organise. Face à la liberté sous perfusion que veut nous vendre le Parti Socialiste, les libéraux opposent un principe qui offre peu de prises à la contestation : la dignité humaine naît de l’autonomie, pas de la dépendance.
C’est pourquoi le vocabulaire du PS mérite d’être interrogé. Lorsqu’il parle de « liberté », il parle, en réalité, d’accès garanti par la collectivité. Lorsqu’un libéral, comme David Lisnard, parle de « liberté », il parle d’abord d’espace laissé à l’individu. La première suppose l’intervention. La seconde exige la limitation du pouvoir. Et c’est précisément ce que le débat public français caricature trop souvent. Le libéralisme est accusé d’individualisme froid, de loi du plus fort, d’abandon des plus fragiles, de marchandisation générale. Ces critiques sont aussi anciennes que souvent imprécises et, surtout, intellectuellement frelatées puisque volontairement trompeuses.
Le libéralisme n’est pas le règne du plus fort. C’est le règne de la règle, des contre-pouvoirs de la responsabilité individuelle, du consentement libre, de la propriété, de la sécurité juridique, de l’égalité devant la loi.
Le libéralisme ne nie pas la solidarité ; il refuse simplement qu’elle devienne confiscation. Il ne nie pas l’intérêt général ; il refuse qu’il serve de justification permanente à l’extension sans fin du pouvoir politique. Il ne nie pas la justice sociale ; il rappelle que sans création de richesse, il n’y a rien à redistribuer. Et qu’à trop taxer le travail, le capital, l’investissement, la transmission, on décourage l’initiative et on détruit précisément les conditions de cette prospérité collective.
La dignité humaine ne réside pas dans la dépendance protégée. Elle réside dans la capacité à agir, à décider, à construire, à transmettre, à se relever, à ne pas demander la permission pour exister.
La France souffre moins d’un manque d’État que d’un excès de tutelle. Notre pays souffre moins d’un déficit de redistribution que d’un déficit de liberté économique. Moins d’un manque de dépenses publiques que d’un manque d’oxygène pour produire, entreprendre, embaucher et investir.
Le mot « liberté » ne devrait pas être l’habillage rhétorique d’un projet de redistribution renforcée. Il mérite mieux. Il mérite la cohérence. Si l’on veut vraiment que chacun puisse « choisir sa vie », alors encore faut-il lui en laisser la maîtrise, le laisser conserver davantage le fruit de son travail, décider davantage pour lui-même Devenir pleinement acteur. Pas bénéficiaire. Pas administré. Pas ayant droit.
Et c’est peut-être là que se jouera la véritable fracture politique lors de la prochaine élection présidentielle. Entre ceux, comme Chloé Ridel, qui pensent que la liberté se distribue, et ceux, à l’image de David Lisnard, qui pensent qu’elle se garantit.
Vive la liberté ! La vraie.
